Société

Dr. Charles Birregah : « Au Togo, ce qui tue la veuve c’est l’indifférence »

Fondavo

Instituée par l’ONU et commémorée chaque 26 juin dans le monde, la Journée internationale de la veuve a été commémorée jeudi au Togo. Au Fonds d’Aides aux Veuves et Orphelins (FONDAVO), la 12è journée a été célébrée avec faste à travers une série d’activités. Environ 200 veuves membres de l’Ong ont pris part aux festivités. Lesquelles ont été marquées entre autres par une conférence sur le bilan et l’application des articles liés aux veuves contenus dans le nouveau des Personnes et de la Famille, le bilan de santé et sensibilisation des veuves sur les maladies récurrentes, la distribution de vivres et de non-vivres, la distribution de micro-crédits aux veuves et des activités sportives.

Son combat reste le même depuis sa création en 1995. Fidèle à sa ligne directrice, l’Ong FONDAVO oeuvre pour l’épanouissement des veuves, en intensifiant des actions allant dans le sens de la lutte contre les pesanteurs socio-culturelles auxquelles elles font face, notamment après le décès de leurs conjoints.

Ainsi, à l’occasion de la célébration de la 12è Journée, une conférence a été animée par le juriste, Me Abdul Razak Affoh.

« Situation de la veuve, 10 ans après la promulgation du Code des Personnes et de la Famille », voilà le thème principal développé par le conférencier.

D’entrée de jeu, ce dernier a noté dans sa communication des avancées considérables au niveau du nouveau Code. Il a notamment évoqué une amélioration de la rotation successorale de la femme.

A titre d’exemplen Me Affoh s’est réjoui de l’interdiction de lévirat. « Cette pratique coutumière qui veut qu’au décès du mari son petit-frère ou un cousin lointain se marie avec la veuve. Aujourd’hui la loi dit ‘’Non’’, les femmes peuvent refuser (…) « 

« Autre protection également, le droit de rester dans le logement du conjoint décédé pendant 30 mois. Il y a aussi la possibilité pour la veuve de refuser de se soumettre à des rites de veuvage dégradants et humiliants », relève-t-il.

Le juriste note tout de même, des imperfections au niveau de la loi, en référence à certains articles. Il a notamment évoqué l’article 413 qui, explique-t-il, veut que l’enfant du conjoint décédé vienne à la succession avant la femme. 

« Nous trouvons que ce n’est pas normal. C’est le contraire qui devait se faire. La femme doit venir en premier et les enfants en second« , analyse Me Affoh Abdul Razak.

Le juriste a aussi mentionné l’article 428 « qui accorde le quart de la succession de l’héritage du défunt mari à la femme ».

« Nous pensons que c’est injuste parce que la femme a contribué à mettre en place la richesse de l’homme « , relève-t-il.

Selon ses analyses juridiques, et sans détour, l’Ong Fondavo plaide pour la modification des articles 403, 411, 412, 413 du nouveau Code des Personnes et de la Famille, promulguée en 2012 par le chef de l’État Faure Gnassingbé.

Dans son plaidoyer, l’Ong demande par ailleurs au gouvernement l’abolition pure et simple des rites de veuvage, la suppression de l’article 412, revoir l’ordre successoral en mettant la veuve avant les enfants orphelins, mettre un terme à la pratique du lévirat, etc.

Autre activité phare, maquant la commémoration de cette 12è Journée: la distribution des kits alimentaires aux veuves de Fondavo, composés de riz, sardines, spaghetti, huile végétale, tomate en boîte, pâte alimentaire…

A en croire les donateurs, ce geste devrait permettre à ces femmes de garnir un tant soi peu leurs tables, avec leurs enfants.

Des microcrédits d’un montant global de près de 2 millions de FCFA, ont également été offerts aux veuves de Fondavo. L’ambition est de permettre à ces dernières d’avoir des activités génératrices de revenus. Un mécanisme appelé à se pérenniser grâce au partenariat avec ECHOPPE Togo, une institution basée sur l’octroi de microcrédits aux femmes, mais qui assure également l’accompagnement social.

Permettre aux veuves qui sont ordinairement des personnes d’âge mur de jouir d’une meilleure santé, voilà l’autre préoccupation majeure des responsables de Fondavo. Dans le cadre de cette journée, un bilan de santé été offert à ces dernières.

L’assistance a été aussi entretenue sur les maladies récurrentes à l’instar de l’hypertension artérielle, le diabète, l’AVC…Les causes de ces maladies, les facteurs, les symptômes, les moyens de prévention, les traitements disponibles ainsi que d’autres conseils…sont entre autres infirmations communiquées par Dr Dimiline Tademana, qui a assuré ce rôle.

Dans son intervention et s’inspirant des passages bibliques à l’instar de « Exode 22:22 » et « Jacques 1:27 », le président fondateur de Fondavo, Dr Charles Birregah, a déclaré mordicus que « s’occuper de la veuve et de l’orphelin, est une bonne chose, et c’est la volonté de Dieu ». Et de préciser en ces termes que « le combat que mène Fondavo est que tous les textes de loi puissent avantager les veuves ».

Parcourant le nouveau Code des Personnes et de la Famille, Dr Birregah s’est penché sur certaines dispositions. Si ce dernier dit féliciter le gouvernement pour ses efforts, il soutient néanmoins que certains articles sont à parfaire.

« Certaines pratiques culturelles violent les droits constitutionnels de la veuves. Elles ne doivent pas être imposées aux veuves », estime Dr. Birregah.

Interpellant les hommes à s’impliquer davantage dans ce combat pour le respect de la dignité des veuves, le président fondateur de Fondavo a laissé entendre que « le combat des veuves et orphelins doit être le combat des hommes ».

« Le meilleur testament qu’un homme puisse laisser à sa progéniture est d’œuvrer de telle sorte que les lois puissent favoriser les veuves et orphelins », a-t-il ajouté. Car, souligne-t-il, « ce qui tue la veuve au Togo, c’est indifférence ».

Faisant le lien avec le terrorisme, Dr Charles Birregah explique que ce sont des orphelins qui vont grossir les rangs de ces malfaiteurs, qui sèment la terreur et la désolation notamment dans le Sahel.

Pour ce dernier, « on doit soutenir les veuves dans l’éducation de leurs enfants, c’est là le gage d’une paix durable dans le monde, en Afrique et particule ment au Togo ».

Pour une sensibilisation beaucoup plus accrue, Dr Birregah a invité les médias à jouer leur partition afin que les textes du nouveau Code qui souffrent d’insuffisance, soient revus mais aussi leur application effective dans les coins reculés.

« Certes, le nouveau Code a été promulgué mais le respect des dispositions demeure encore un luxe dans certaines localités, qui restent toujours attachées à certaines pratiques ancestrales », a-t-il relevé.

A noter que l’Ong FONDAVO compte à ce jour plus de 300 veuves et plus de 200 orphelins.

Avis aux bonnes volontés à soutenir ses actions.