Entrepreneuriat

Togo : Edouard Akakpo-Lado veut fabriquer un avion

Edouard-Akakpo-Lado

Ingénieur en électromécanique de formation, Edouard Akakpo-Lado est passionné par la recherche et l’innovation. Le fondateur du Centre de recherches, d’inventions et d’innovations technologiques (CRIIT Lado Concept) et promoteur de l’Association des jeunes pour la promotion des énergies renouvelables et le développement durable (AJPER2D), s’est positionné sur le segment de la fabrication de machines. 

Au milieu d’une multitude de machines, à peine reconnaissable dans son débardeur blanc noirci, Edouard Akakpo-Lado, la trentaine, presse des graines de cacao torréfiées avec l’une de ses dernières inventions.

Il expérimente ainsi sa performance pour améliorer la transformation de l’huile de cacao. L’inventeur prend des notes et vérifie le temps mis par les graines pour être transformé. L’odeur du cacao perdue dans le bruit de la machine le rassure de l’efficacité de son nouveau produit. 

Dans cette maison qui lui sert d’atelier de fabrication et de bureau, il n’y a plus de place pour autre chose. Chaque matériel, même en désuétude, a son utilité. En face de lui, se trouve cette inscription : “Je vois des opportunités là où d’autres voient l’impossible ”.

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Le déclic  

Ça a commencé quand j’étais encore en classe de 3ème, par la fabrication de petits jouets comme des avions, des hélicoptères, des bateaux…Pour moi, c’était juste amusant et passionnant, mais au fur et à mesure, à partir de la classe de Terminale, j’ai commencé à prendre la chose au sérieux”, se rappelle-t-il. Après avoir mis au point sa toute première machine baptisée “Merlinox” en 2012, il obtient dans la foulée son Baccalauréat. Ce robot qui permet de piler facilement les noix de palme pour réduire les corvées domestiques des femmes, va l’inciter à faire de sa passion, une activité professionnelle.  

Le jeune entrepreneur quitte l’Université de Lomé (UL) un mois après le début des cours pour se diriger vers un centre de formation. “Je n’ai pas été satisfait et j’ai quitté”, déclare-t-il. “J’ai fait 1 mois à l’UL ; malheureusement, tout était théorique et je n’ai pas trouvé satisfaction. Mais heureusement, j’ai trouvé un BTS Électromécanique qui a pu répondre à mes attentes”. Il poursuit ainsi son cursus dans cette filière et trouve ses repères pour perfectionner son génie créateur.   

Répondre aux besoins de la population 

Malgré les difficultés notamment d’ordre financier rencontrées, Edouard Akakpo-Lado prend goût et enchaîne les inventions. En 2018, il reçoit son premier appui à travers le Fonds d’appui aux initiatives économiques des jeunes (FAIEJ) pour réaliser son projet de transformation de tomates. 

Araricomax, Conpalmi, Tomatomixer, presses à canne à sucre, à jus d’ananas, capsuleuses, pasteurisateurs, sarcleuses motorisées, broyeurs de coque de coco, foyers améliorés, charbon écologique, fumoirs de poissons …, les exemples sont multiples.  “Ces machines ne font que m’immerger davantage dans le monde de la créativité. Mes inventions et innovations sont en fait des réponses à des besoins exprimés par les clients.”, explique-t-il.

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A son actif aujourd’hui, le jeune inventeur compte une cinquantaine de créations.  Il se base sur les défauts des outils importés pour perfectionner ses produits et les rendre plus résistants. “Quand les machines achetées de l’extérieur tombent en panne, il n’y a pas de techniciens spécialisés pour les réparer ici. C’est difficile de faire venir un technicien de l’extérieur et la machine va à l’abandon. Je me suis dit qu’il fallait commencer à faire de petites choses, les améliorer au jour le jour jusqu’à obtenir un produit parfait qu’on pourra offrir à nos populations. En cas de panne, on peut le réparer directement sur place. Ceci rentre dans l’intérêt de notre économie”, souligne-t-il.

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Chaque jour, l’inventeur togolais a de nouvelles idées. Sa dernière trouvaille est une rôtissoire permettant aux restaurants et hôtels de rôtir facilement les poulets, les moutons ou les porcs. 

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Actuellement, il développe une rappeuse de manioc pour transformer ce tubercule en farine ou en pain.

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 “Il y a des machines qui sont en cours d’étude comme un torréfacteur de farine de manioc. Il y aura toute une série pour optimiser ce processus. Tous ces outils permettent d’améliorer les conditions de vie de la population”, affirme Edouard.  

Plusieurs prix et distinctions 

Avant d’être élevé au rang de “Chevalier de l’Ordre national du mérite”, en 2019, Edouard a, petit à petit, gravi les échelons en remportant deux fois le prix Sialo (Salon international de l’agriculture et de l’agroalimentaire de Lomé) en 2014 puis en 2016.  

A l’international, il obtient également en 2016 le prix de l’innovation africaine qui lui a permis de représenter le Togo au Botswana, puis devient Alumni de Yali Dakar.

Deux ans plus tard, le patron de CRIIT Lado Concept sera lauréat du programme de formation et d’accompagnement des entrepreneurs africains, avec à la clé une subvention de 5 000 $. Il est aussi Alumni de Ashoka et a reçu plusieurs autres prix, notamment dans le domaine de l’environnement. 

Défis et ambitions

A cheval sur la perfection, Akakpo-Lado se juge encore très en deçà de l’exploitation de tout son potentiel et de la réalisation de ses projets. “Je me sens encore éloigné du niveau de mes attentes parce que je me dis que je n’ai encore rien fait dans le monde de la technologie ou de la création de machine. Je dois encore faire plus. Tout ce que j’ai déjà fait, répond aux besoins des gens et leur facilite la vie, mais je reste sur ma faim”. Il poursuit ses recherches pour développer de nouvelles choses. 

Le Togolais a des ambitions plein la tête. “J’ai des projets clés. Par exemple, transformer une moto ordinaire que nous conduisons en un avion, fabriquer des drones entièrement avec des produits locaux. Il faut que nous développions nos propres technologies, avec nos propres ressources”, relève-t-il avant d’ajouter que des pièces sont déjà mises en place pour réaliser ces projets. 

Edouard Akakpo-Lado pense qu’il est important de rassembler les créateurs, les génies et de les mettre dans de bonnes conditions pour contribuer au développement du pays. “On ne peut pas se développer en restant consommateur”, précise t-il.

Pour l’instant, le papa d’une fille de 8 ans et d’un garçon de 6 ans, veut devenir une référence pour la jeunesse, pour le Togo et l’Afrique, en matière de création d’entreprises technologiques. Il ambitionne à cet effet, de créer une plateforme industrielle. Mais en attendant, il continue avec l’aide de ses enfants, de faire tourner sa machine à cacao pour en extraire l’huile.   

Source : Togo First

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